Haïti, Chili, Xynthia… ce que ces catastrophes n’ont pas en commun

Voici une analyse différentielle des conséquence des séismes qui ont frappé ce week-end le Chili et en janvier dernier Haïti.

Extraits de l’article paru sur le site de l’hebdomadaire américain Newsweek le 28 février.

Magazine américain Newsweek

Je soulignais samedi dernier que le séisme chilien provoquerait bien moins de victimes que celui qui frappait Haïti en janvier dernier, tout en apportant un certain nombre d’explications à cela (code de la construction plus strict, expérience des tremblements de terre, etc.). Il me faut ajouter à cette liste un certain nombre de détails techniques importants.
D’abord, bien que le tremblement de terre au Chili fût significativement plus fort qu’en Haïti, il s’est déroulé 35 km sous la surface de la terre – une profondeur double. Il y avait donc deux fois plus de terre pour absorber la secousse avant qu’elle n’atteigne les fondations des immeubles. Il faut également rappeler que l’épicentre du séisme de samedi se trouvait à 100 km environ de la grande ville la plus proche (Concepcion), à comparer avec les 15 km qui séparaient la ville et l’épicentre du tremblement de terre à Haïti. De plus, Concepcion compte moins de la moitié de la population de Port-Au-Prince (900 000 contre 2 millions).

Comparer Chili et Haïti, c’est comparer des pommes et des oranges

Reste que le séisme chilien et ses conséquences sont la preuve, comme le répètent les experts depuis le tremblement de terre de Banda Aceh en 2004, qu’être bien préparé est important. Essentiel, même. Pour l’heure, le gouvernement chilien – qui a l’habitude des gros tremblements de terre – a décliné les offres d’assistance et semble être en mesure de gérer seul la crise. Dans certaines des régions touchées, le téléphone a déjà été rétabli.
Bien entendu, comme certains ne manqueront pas de le souligner, comparer Chili et Haïti, c’est comparer des pommes et des oranges. Oui, tous deux sont situés au bord de failles sismiques actives. Mais comparé à Haïti, le Chili est un pays riche. Le Chili a les moyens de se procurer du ciment de bonne qualité, et les capacités institutionnelles de vérifier sa bonne utilisation. Le Chili a les moyens de se procurer et de garder en réserve les équipements lourds et l’outillage nécessaire à une réaction rapide après une catastrophe à même de raser une grande ville. Haïti est trop pauvre pour mettre en place des dispositions comparables. Quand bien même le pays aurait été mieux conscient de sa géologie avant la catastrophe, qu’auraient pu faire les Haïtiens de ces informations ?

Par Jeneen Interlandi
Traduit de l’américain par David Korn

Je voulais partager cet article avec vous, à l’heure où l’Ouest de la France pleure ses morts, après le passage de la tempête Xynthia.

A l’heure où j’écris ces lignes, le gouvernement chilien, qui peine à faire face à la situation d’urgence, a fait appel à l’aide internationale.

Trois pays, trois niveaux de développement distincts, trois catastrophes naturelles, trois bilans bien différents.

Au-delà de l’aide humanitaire d’urgence dont tous ces sinistrés ont besoin, se pose le problème de la présence des populations au plus près des côtes.

Lorsque le vent, la pluie et l’océan se déchaînent en même temps, nos digues et nos barrages, nos maisons et nos ports ne peuvent pas résister longtemps. Séisme, tempête, tsunami, les catastrophes naturelles se multiplient.

Le réchauffement climatique va, de surcroît, entraîner la montée du niveau des océans et augmenter les risques d’inondation des zones côtières dans les prochaines années.

Repenser nos plans d’urbanisation est une nécessité. Seul l’engagement des gouvernements pour réglementer la construction près des littoraux peut empêcher que ces tragédies ne se répètent.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Pierre dit :

    Il m’est arrivé de réfléchir sur les zones sismiques et quelque part les habitats traditionnels qui précédaient le bétonnage moderne ne sont-ils pas moins dangereux, pour les populations locales comme la population haïtienne, en cas d’écroulement?
    C’est juste une réflexion

    J'aime

    1. Le bétonnage est une spécialité française, pour des raisons économiques historiques (Bouygues, Vinci et autres Eiffage font régner le béton sur nos constructions depuis des années !)
      Mais, les constructions en bois refont surface, notamment grâce au dynamisme d’entreprises comme Urban Green.
      Lors du dernier séisme, de nombreuses vies ont été épargnées en Haïti « grâce à » la vétusté des habitats : un toit de tôles et des murs friables font moins de dégâts en s’écroulant qu’un immeuble de 10 étages.
      Quelle solution adopter demain ? La question reste ouverte, car nous savons que les populations urbaines vont se multiplier, que l’eau potable constitue un enjeu majeur pour de nombreux pays.
      La paix dans le monde se fera au prix d’une urbanisation plus réfléchie, d’un accès à l’eau potable mieux géré et bien sûr, de l’implication de chacun dans la sauvegarde de notre planète.

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