Extraits de PSYCHOLOGIES MAGAZINE : Pourquoi la décroissance nous angoisse ?

Flavia Mazelin Salvi, pour « Psychologies Magazine » (n°294-mars 2010) a produit un article très intéressant sur la notion de décroissance.

Son point de vue, richement étayé de témoignages et de références littéraires, permet de comprendre pourquoi certaines personnes, malgré tous les signaux alarmants que nous envoie la planète, sont incapables de changer de mode de vie.

Sans jugement, elle nous invite à prendre le temps d’identifier nos peurs, de les reconnaître, et d’appliquer petit à petit le principe formulé par Ghandi : « Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre »… une belle perspective, non ?

Voici quelques extraits de cet article, lisez plutôt !

Vous pourrez ensuite faire le test « Êtes-vous prêt à mettre de la décroissance dans votre vie ? » (rubrique Tests)

[…]

Combien d’entre nous, bouleversés par les images de misère, de famine, de déforestation, révoltés par une crise générée par des spéculateurs cyniques, persuadés qu’il est urgent de modifier notre mode de vie, ont réellement mis en pratique leurs convictions de modération au quotidien ? Pourquoi, alors même que nous savons qu’il n’est plus possible de nous conduire en enfants gâtés, ne parvenons-nous pas à freiner nos pulsions consuméristes ? Qu’est-ce qui, dans l’invitation à la « simplicité volontaire » ou à la « sobriété heureuse » relayée par les milieux écologistes, suscite en nous des angoisses confuses, si ce n’est, pour certains, un franc rejet ?

PARCE QUE LA SITUATION EST TROP COMPLEXE

[…] Difficile d’opter pour des comportements décroissants alors que nous ne parvenons pas à prendre la mesure de la crise écologique actuelle !

Jean-Pierre Le Danff, écopsychologue au sein de la Fondation Nicolas Hulot : « […] Difficile de se représenter, par exemple, que la destruction de la forêt tropicale concerne chaque année une surface équivalente à celle de la Californie. Cette limite cognitive nous empêche d’ajuster nos comportements à la situation. […] »

« Devant la difficulté d’imaginer des alternatives, le déni s’avère plus confortable que la remise en cause de nos habitudes. » […]

Si bien qu’au lieu d’en appeler à une décroissance pure et dure, certains écologistes préfèrent parler de « croissance sélective » ou d’ « éco-développement ».

PARCE QUE NOUS AVONS PEUR DE REGRESSER

[…]

Décroissance. Croissance sélective. Ecodéveloppement. […]

La sémiologue Mariette Darrigrand souligne que ce vocable est un privatif, qui s’oppose à la plus positive des notions : la croissance. […]

La décroissance fait craindre la fermeture, le ralentissement du génie humain.

Marie Romanens, psychothérapeute et psychanalyste qui axe sa pratique sur le concept d’ « écologie intérieure », note l’existence de conflits psychiques, nés de la contradiction entre le désir de restreindre sa consommation et les pulsions générées par notre cerveau reptilien, qui l’encouragent.

« Chez mes patients issus de milieux modestes, dont les aînés ont subi la frugalité, la décroissance est assimilée à la privation, à la régression sociale, observe-t-elle. Il y a aussi cette crainte de trahir ces parents qui se sont privés pour que leurs enfants « réussissent ». »

[…]

PARCE QUE NOUS AVONS BESOIN DE CONSOLATION

[…]

Lorsque la sécuritaire primaire est garantie – un toit, de la nourriture, de la chaleur – vient le tour des gratifications secondaires, rattachées non plus au besoin, mais au désir et au plaisir. C’est à ce stade que la publicité, alliée à l’offre exorbitante de nos commerces, déroule son tapis de tentations. Si nous sommes si vulnérables face à elles, explique le philosophe et sociologue Gilles Lipovetsky, c’est que consommer est un acte intrinsèquement consolateur ou, du moins, vécu comme tel. A une époque où s’accentuent l’isolement et le mal-être, nos « minifêtes  de l’achat » viennent compenser notre incomplétude.

[…]

Renoncer à un avoir qui rassure peut parfois être douloureux lorsque l’estime de soi est bancale. Mais cela peut ouvrir d’autres horizons, d’autres sources de satisfaction et d’autres relations.

PARCE QU’IL FAUT S’INTERROGER SUR SOI

[…]

Mieux vaut anticiper. Et revoir ses priorités. « Pour connaître mes vrais désirs, je dois m’interroger sur moi, poursuit Anne Chaté (sociologue). Dans cette démarche, je redeviens pleinement acteur de ma vie. Je ne me laisse pas gaver, gouverner par mes pulsions. »

[…]

Remettre de la rareté dans son désir. Car dans la surconsommation, s’il y a un grand perdant, c’est en effet le désir. Pour qu’il existe, encore faut-il savoir renoncer, attendre, hiérarchiser… Bref, choisir et non satisfaire toutes les tentations.

5 IDEES POUR S’ALLEGER EN CONSCIENCE (extraits)

1. Questionnez vos pulsions d’achat : en ai-je vraiment besoin ? Cet achat me fera-t-il vraiment plaisir ?

Le bénéfice : hiérarchiser ses désirs et apprendre à faire des choix éclairés.

2. Désencombrez votre intérieur : Ne conservez que ce qui est utile, beau et noble ; faites le tri et donnez !

Le bénéfice : appréciez vraiment ce que l’on a et qui exprime qui l’on est.

3. Privilégiez le commerce de proximité et la production locale : plus cher ? pas si sûr ! Vous n’achèterez que l’indispensable, (loin des tentations des hypermarchés)

Le bénéfice : recréer du lien social et développer une relation plus consciente à la nourriture.

4. Essayer de réparer, recycler, fabriquer par vous-même ou acheter d’occasion

Le bénéfice : contacter ses ressources intérieures et celles des autres.

5. Essayer une « semaine sans » …

…viande, alcool, TV, cigarettes, téléphone, ménage etc… Et pourquoi pas sans conjoint ou enfants ?

Le bénéfice : développer sa conscience en testant son degré de dépendance.

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6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. alban dit :

    bonjour

    cela faisait un petit moment que je n’étais venu sur ce site et je dois avouer que sa qualité va en grandissant.

    j’apprécie beaucoup plus les derniers articles qui m’interpellent que (et excusez moi d’avance) les posts qui vantent des produits de beauté ou autres (surement parce que je suis un homme 🙂 )

    quoiqu’il en soit et même avec cette petite remarque sans animosité je trouve ce blog intéressant alors SVP continuez comme ca !

    bonne journée

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    1. Bonjour Alban,
      Merci beaucoup pour votre message, qui me fait très plaisir.
      J’essaie de varier les contenus, entre les tests produits et les articles de sensibilisation – mobilisation – actu environnement
      Il est d’ailleurs temps que je change la rubrique « about » car depuis ses débuts, le blog a évolué.
      Merci encore et je vous souhaite une belle vie en bio 😉
      A bientôt
      Armelle

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  2. Pierre dit :

    Le concept de décroissance m’interpelle.
    A mon avis, le problème vient de l’aveuglement de certains pouvoirs (financiers principalement) qui ne conçoit le mot croissance qu’avec la hausse des rentrées d’argent.

    Baisse des rentrées d’argent ne signifie pas forcément appauvrissement ou décroissance, contrairement à ce que certains pensent. Tout dépend du coût de la vie au passage.
    C’est peut-être une sacralisation trop forte de l’argent dans les échanges entre être humains qui participe à engendrer et créer de nouvelles crises.
    L’argent est un moyen, mais pas une fin en soi.

    En soi l’argent n’est, depuis sa création par l’homme, qu’une monnaie d’échange dont la quantité fluctue en fonction des échanges entre humains sur une période donnée. A l’origine certainement des petits cailloux, puis des petites pièces.

    Bien sûr l’argent a de l’importance aujourd’hui pour nous et en aura encore (je serai un menteur si je disais l’exact inverse), mais il faudrait arriver à faire émerger un concept de croissance plus large qui intègre d’autres dimensions c’est évident.

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    1. Quand tu parles de certains pouvoirs, tu poses le problème majeur posé aujourd’hui.
      Les gouvernements sont tenus par les bourses par les grandes banques.
      L’exemple actuel de la Grèce est criant : le gouvernement grec est asservi par ses créanciers.
      Le principe de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) commence à faire boule de neige en France et c’est une excellente nouvelle. Comme souvent, les effets d’annonce sont, pour certaines entreprises, plus porteurs que les actions à long terme. Cependant, des grands groupes comme La Poste ont réellement pris un chemin plus respectueux, avec formations des salariés à l’appui.
      L’idéal visé serait que les salariés, formés à un quotidien professionnel plus responsable, finissent par appliquer dans leur vie personnelle ces bons principes.

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  3. Pierre dit :

    Insister donc plus seulement sur l’argent mais bien entendu sur les ressources disponibles, qui font la richesse de l’être humain, c’est peut-être revenir à l’essentiel de notre épanouissement.

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    1. La question de l’épanouissement est essentielle : de quoi avons-nous réellement besoin pour être heureux ?
      Quelles sont nos priorités et nos limites ?
      Cette notion hédoniste est perçue différemment par les populations dans le monde. Quand on sait qu’il faut environ 4 heures à une femme en Afrique pour approvisionner sa famille en eau, nous nous rendons bien compte que les priorités de certains sont des questions dérisoires pour d’autres.

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